16/10/2013

E-Learning, m-Learning, une subtile complémentarité à trouver

Notre expert, Marie Borrel, consultante e-learning chez Micropole Institut, vous dévoile tout sur le m-learning !

Le e-Learning est mort, vive le m-Learning ? Gageons plutôt que le m-Learning est une extension du e-Learning sur des supports nomades (surtout tablettes et smartphones) et que, main dans la main, avec leurs forces et leurs faiblesses respectives, ils peuvent offrir des solutions combinées, globales, intelligentes, capables de surmonter bien des contraintes d’apprentissage, géographiques ou technologiques.
Mais pour que le duo fonctionne, chacun doit être très au clair sur ses spécificités, son potentiel et sa valeur ajoutée. Voici quelques critères pour les caractériser chacun et entrevoir comment les articuler.
 

Accessibilité

Typique de la formation institutionnelle en mode push, l’e-Learning (LMS, modules, webinar, podcast…) est en accessibilité contrainte, qu’il s’agisse d’horaires, d’identifiants, d’équipements, de durée, de navigation…
Le m-Learning se pratique en revanche à tout instant, partout et toujours, au moment où on en a besoin. Il rejoint à ce titre l’apprentissage informel (forums de discussion, blogs d’experts, répertoire de contenus média…) dans lequel l’apprenant vient chercher l’information (mode on demand). Le m-Learning participe pleinement de la dématérialisation de l’espace formation jusqu’à le faire disparaître. Ce qui ne signifie pas pour autant que tous les lieux sont propices à l’apprentissage !
 

Utilisation de l’information

La matière qui est comprise et mémorisée durant une session e-Learning est utilisée a posteriori. Parfois tellement plus tard que le transfert des acquis de l’apprentissage formel vers une compétence opérationnelle ne peut avoir lieu !
L’utilisation de l’information en m-Learning est au contraire immédiate et apparente ce mode d’apprentissage à une expérience just in time. Imaginons par exemple un chargé d’affaires qui, en quelques secondes avant son rendez-vous, souhaite vérifier une information, accéder à un argumentaire… Il a un besoin immédiat dont la réponse peut être fournie par son smartphone et non par un module e-Learning d’une heure hébergé sur un LMS.
Ceci implique que le m-Learning  se joue plus autour de l’accès rapide et facile à la bonne information, qu’autour d’un envoi d’information à la mémoire, de la compréhension et de la mémorisation.
En entreprise, le m-Learning peut donc s’avérer particulièrement utile dans un dispositif de soutien à la performance (censé apporter une aide immédiate, intuitive et individualisée à quiconque quand il en a besoin pour développer et maintenir ses compétences).
 

Caractéristiques des supports

Concevoir et produire des contenus en e-Learning est une activité aujourd’hui bien balisée, notamment parce que le concepteur connaît généralement parfaitement le matériel et la configuration d’apprentissage du futur utilisateur. Il projette aisément l’apprenant assis à son bureau, dans un open-space, derrière un écran d’ordinateur de 17 pouces, un casque sur les oreilles, une main sur la souris, l’autre prête à saisir du texte via le clavier.
En m-Learning, c’est une autre histoire ! Déjà parce que les deux grands types de support visé – le smartphone et la tablette - sont aussi différents l’un de l’autre qu’ils le sont d’un ordinateur. En effet, quels points communs trouver a priori entre une machine pensée d’abord pour téléphoner et une autre dont l’usage premier est suffisamment flou pour être laissé à discrétion de chacun ?
Ces deux supports présentent pourtant des caractéristiques communes d’où les concepteurs pédagogiques doivent partir pour créer des contenus ad hoc :
  • Un écran de taille évidemment réduite (modérément avec une tablette et drastiquement avec un smartphone)
  • Une interface tactile (navigation essentiellement au doigt, sans stylet)
  • Des outils nativement multimédia qui embarquent caméra, appareil-photo, diffuseur de son… (à la différence des PC qui requièrent souvent l’ajout ultérieur de périphériques extérieurs)
  • Des outils de production (vidéo, photo, son) simples à utiliser
  • La géolocalisation, permettant notamment de déterminer l’emplacement de l’utilisateur et de lui fournir des informations en relation
  • La réalité augmentée, qui propose de superposer des informations numériques au monde réel que l’on perçoit.
En termes d’usage, on peut ajouter que les « mobile devices » :
  • Sont souvent personnels, personnalisés et suivent partout l’utilisateur
  • Suscitent des consultations rapides, morcelées, ponctuelles… (mini vidéos, articles synthétiques)
  • Sont rarement utilisés en usage exclusif mais plus souvent comme second écran (en parallèle d’un écran télévisé, d’un PC…)
  • Sont utilisés aussi bien en mode connecté que déconnecté (après téléchargement d’application).

Activités pédagogiques

Les spécificités des supports du m-Learning étant posées, décrivons à présent le début de quelques activités pédagogiques, toutes en forte interaction avec l’environnement (réel, ambiant, virtuel, augmenté…) puisque telle est la grande valeur ajoutée de ce type d’apprentissage. Nous y voyons que la mobilité n’est désormais pas que spatiale, elle ouvre aussi des dimensions temporelles, thématiques, sociales, informatives… à travers des séquences en situation ou en contexte et toujours en totale autonomie.
 
  1. Séquence autour de la production de média : Dans le cadre d’une formation sur la sécurité incendie, des apprenants reçoivent une mission de prise d’indices dans le réel : se disperser dans le bâtiment et prendre des photos de tout le matériel en relation avec le sujet (extincteurs, plans d’évacuation, pictogrammes…). Ce relevé photographique servira ensuite de base à un échange autour du matériel obligatoire (nombre, localisation, modèle…) et des consignes sécurité.
     
  2. Séquence autour de la réalité augmentée basée sur GPS (localisation) : Rassemblés à l’entrée d’un jardin botanique, des étudiants ont pour consigne d’aller s’y promener 20 minutes pour repérer les vingt espèces de plantes listées en cours. Smartphone en main, chaque apprenant se laisse guider par une application interactive de visualisation et géolocalisation des plantes, laquelle lui indique les espèces à proximité au gré de ses déplacements. Une fois sur zone, une carte d’identité complète de la plante s’affiche sur son écran.  Au bout des 20 minutes, la séquence se poursuit sur un autre mode autour d’une mise en commun ou d’une utilisation des informations découvertes.
     
  3. Séquence autour de la réalité augmentée basée sur marqueurs : Nous sommes dans un dépôt d’hydrocarbures : équipé d’une tablette, un opérateur-apprenant part en exploration avec l’objectif de découvrir in situ le flux du carburant de sa réception jusqu’à sa sortie en zone de chargement. Il se dirige vers la zone 1 indiquée par son application et repère un matériel marqué. Une fois reconnu par la tablette, le marqueur déclenche l’affichage d’informations précises sur le matériel. L’apprenant, comme tout apprenant, a probablement des questions… ? On l’invite alors à lancer la caméra vidéo de sa tablette avant d’interviewer l’opérateur-senior qui répondra volontiers à ses questions. Alternative à une prise de note peu pratique dans la configuration présente, la vidéo (ou l’enregistrement audio) fait office de vade-mecum post-formation. Librement et à son rythme, l’apprenant poursuit ainsi ses pérégrinations pour se familiariser avec son futur environnement de travail.
Ces trois ébauches d’activités pédagogiques laissent entrevoir deux aspects du m-Mobile : son immense potentiel (en termes de créativité, d’action, d’autonomie, d’innovation…) mais aussi sa nécessité de s’insérer dans un dispositif plus global.
 

Dispositif de formation

L’introduction du m-Learning dans un dispositif de formation pourrait instinctivement rappeler la configuration canonique du blended-learning à ses premières heures, c’est-à-dire une formation présentielle précédée et suivie d’e-Learning.
Ce n’est pourtant pas le cas, car la souplesse des modalités de formation du m-Learning (anywhere, anytime) permet d’imaginer sa mise en œuvre à peu près à toutes les étapes d’un parcours de formation :
  • En entrée de cursus, autour d’une activité moins formelle qu’une évaluation diagnostique type quiz, afin de « débroussailler » le sujet, faire surgir les questionnements, susciter la curiosité et l’envie d’en savoir plus. On peut alors l’appréhender comme une sorte de « teaser pédagogique » pour introduire le parcours ;
  • Au cœur du parcours, comme une respiration plus informelle au milieu d’un dispositif encadré (présentiel, e-Learning ou blended) ;
  • En fin de parcours, au travers d’une activité qui permettra de synthétiser des informations glanées individuellement ou collectivement.

Evaluation

Intégrer le m-Learning, certes, mais peut-on évaluer son efficacité ?
Considérons le modèle d’évaluation de la formation de Kirkpatrick, organisé en 4 niveaux, pour tâcher d’y répondre :
Niveau 1 : Réactions - Comment ont réagi les formés à l'issue de la formation ?
Niveau 2 : Apprentissage - Qu'ont appris les formés à l'issue de la formation ?
Niveau 3 : Comportements/transfert - Est-ce que les formés utilisent ce qu'ils ont appris en formation à leur poste de travail ?
Niveau 4 : Résultats - Quel est l'impact de la formation sur les résultats de l'entreprise ?

Les évaluations de niveau 1 et 2 sont faciles à mettre en œuvre en e-Learning à travers des questionnaires. En revanche, les évaluations de niveau 3 et 4 sont difficiles à traiter car entre le suivi de la formation et le transfert en situation de travail, de nombreux autres facteurs peuvent rentrer en ligne de compte et influencer le comportement et les résultats de l’utilisateur.
C’est à peu près l’inverse pour le m-Learning. Les évaluations de niveaux 3 et 4 sont pertinentes car il y a souvent immédiateté entre la récolte d’information et son utilisation en situation.  Inversement, les niveaux 1 et 2 sont moins utiles puisque le m-Learning concerne plus l’accès direct à une information que la compréhension et la mémorisation de connaissances.
 
 
Ce rapide panorama met en lumière que le m-Learning et l’e-Learning, loin d’être concurrents, peuvent devenir habilement complémentaires, tout comme le présentiel versus e-learning il y a quelques années. Pour ceci, le m-Learning doit s’inventer des contenus spécifiques à valeur ajoutée, et éviter le piège d’une réutilisation au rabais de contenus initialement pensés pour un e-Learning.

Comme toujours, tout repose dans la capacité des créateurs de contenus à évaluer les objectifs de l’apprenant, comprendre le contexte et les moyens de diffusion dont ils disposent, pour imaginer de nouvelles formes de blended-learning


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